13.12.2007

Histoire d'O(vins)

Histoire do(vins)

12.12.2007

Le devoir des putschistes

Qu’à l’heure où ces lignes sont lues, Eveline Widmer-Schlumpf ait accepté sa surprenante élection ou, comme naguère Francis Matthey, se soit désistée sous la pression de son parti, un puissant signal est donné. Le parlement suisse a prouvé hier qu’il est capable de courage.
Il en fallait pour éjecter celui qui non seulement tient les rênes de la première force politique du pays, mais encore a hissé l’UDC à ce niveau justement par la personnalisation à outrance de son rôle de chef charismatique.
Le coup d’arrêt donné à un homme qui a torpillé la collégialité et systématiquement tiré sur l’élastique – jusqu’à ce qu’il saute et lui revienne dans la figure – est une chose.
Une bonne chose… à condition que les mutins utilisent leur victoire avec dignité et vision stratégique. Car ce sera une tout autre chose que de gérer dans l’intérêt du pays la situation causée par le putsch du 12 décembre.
Que ce matin l’élue grisonne reprenne le flambeau pour incarner au Conseil fédéral, dans une ligne héritée de son père, une UDC ferme mais raisonnable, ou qu’elle refuse d’être la ministre imposée par les adversaires de son parti, le coup de force d’une majorité d’occasion n’a de sens que si les députés unis hier font preuve d’un courage plus durable et plus difficile. Il s’agit de faire enfin l’effort de dessiner un programme de gouvernement. Courage et effort intellectuels, stratégiques, politiques: les députés qui ont poussé Christoph Blocher à la trappe ne sont liés par aucun autre ciment que la résistance aux outrances et aux arrogances de l’UDC; sauront-ils, sur le socle d’un refus partagé, bâtir un projet cohérent, ou en resteront-ils au mode de faire actuel?
Dans ce dernier cas, les quatre prochaines années s’annoncent difficiles, voire périlleuses. L’apparente victoire de la démocratie peut même se transformer en tremplin pour une UDC encore plus virulente. En effet, il n’est pas anodin de rejeter dans l’opposition le parti qui a recueilli le plus de suffrages aux dernières élections. Même si un ou deux conseillers fédéraux siègent sous l’étiquette d’une UDC qui les considère comme non représentatifs, ce parti pratiquera forcément l’opposition totale, usant et abusant du référendum et de l’initiative pour en appeler directement au peuple à chaque occasion – c’est-à-dire sans cesse.
Les autres partis, divisés par d’essentielles divergences idéologiques, peineront à présenter chaque fois un front uni, si bien qu’il leur sera très difficile de gouverner dans ce climat de guérilla; si bien, aussi, que le mécontentement qui en découlera, ajouté à la victimisation et à la démagogie dont l’UDC saura jouer en virtuose, apportera à cette dernière un regain de popularité. Gare aux prochaines élections!
S’ils veulent échapper au triomphe d’une UDC à 35 ou 40%, et d’un tribun ivre de revanche, les putschistes d’hier doivent assumer la très lourde responsabilité de convaincre les électeurs de l’UDC, par l’acte et sur la durée d’une législature, que, sans Blocher, la Suisse sera gouvernée de façon optimale. Ils doivent se montrer si efficaces qu’ils enlèvent le vent des voiles de l’UDC.
Bravo pour hier, courage pour demain!

01.07.2007

C. Blocher et le paradoxe féminin

Chronique pour les Matinales d’Espace 2, vendredi 29 juin

Chronique pour les Matinales d’Espace 2, vendredi 29 juin 2007

Bonjour Yves,
La grille d’été est à la porte, cette dernière chronique est l’occasion d’inverser les rôles! Je vous donne un devoir de vacances: vous méditerez sur votre part féminine. Mais je vous donne aussi des indices, comme vous le faites si bien chaque matin, pour faire gagner trois mois de café La Semeuse…
Les indices, ce sont deux citations, tirées du Matin Dimanche, écoutez: «Ma femme a pris la responsabilité de la famille, des enfants, de la maison et du jardin. C’est pourquoi j’ai pu investir toutes mes forces dans mon travail.»
Deuxième citation: «Quand on embauche des hommes, il est important de connaître leur partenaire féminine. Les hommes sont très influencés par leur femme. Si une épouse a des réserves envers l’engagement professionnel de son mari, si elle met au premier plan sa propre réalisation, je suis prudent sur l’embauche! Je ne crois pas qu’il donnera son plein rendement si sa femme s’y oppose.
Les femmes, elles, se laissent moins influencer par leur mari.»
Qui a dit cela?
C’est le conseiller fédéral Christoph Blocher, dans un livre à paraître à sa gloire. Et je conclus qu’il a une sacrée frousse de la femme avec un grand F.
Vous remarquez le paradoxe: d’un côté, la place de la femme est au foyer, son rôle est utilitaire, pour ne pas dire secondaire - et même inférieur. Elle est là pour soutenir son mari, pour qu’il puisse s’investir complètement dans ce qui compte vraiment: son travail.
ça aurait pas choqué moins de monde il y a une centaine d’années.
Oui, mais d’un autre côté, cette femme inférieure qui s’occupe de la maison est incroyablement forte: elle influence son mari, elle le téléguide! Elle a une telle capacité de nuisance qu’il faut se méfier d’elle avant de l’embaucher lui!
Si les Chambres fédérales avaient su, c’est à Silvia Blocher qu’elles auraient fait passer des entretiens avant d’élire son mari au Conseil fédéral…
Cet archétype - cette femme avec un grand F, Christoph Blocher la craint; c’est sa propre part féminine, qu’il n’ose guère écouter.
Le conseiller fédéral est sûr qu’il aborde les problèmes rationnellement, objectivement, en chef d’entreprise sans état d’âme et qui sait calculer.
Mais, selon lui, la femme fonctionne autrement. Son domaine naturel, c’est l’intérieur, le monde clos de la maison et du jardin. Familière de l’intime, elle s’occupe des profondeurs de l’être, des enfants. C’est pourquoi son cerveau parle un langage peu familier à l’homme ; ça la rend imprévisible. Inquiétant, ce langage qu’il comprend mal, et qui permet même à la femme de dominer son partenaire, semble-t-il.
Christoph Blocher affirme en tout cas que, si la femme ne s’incline pas devant les besoins de la carrière de son homme, il ne pourra pas donner son maximum au boulot! Incroyable, cette force d’un être inférieur et différent!
Inférieur, différent? Mais c’est la définition même de l’étranger! Il est faible, on le comprend mal, il est imprévisible. Exactement comme les femmes! Le risque est grand que, comme les femmes, l’étranger se révèle souterrainement puissant, et finisse par tout régenter.
De la peur et encore de la peur, ces réactions ne traduisent rien d’autre. Comme chacun sait, la peur est mauvaise conseillère. Surtout quand on n’est même pas conscient que c’est à elle qu’on obéit.
Conclusion: si Christoph Blocher avait moins peur de la femme, s’il pouvait écouter sa propre part féminine, quel homme il serait! Plus proche de ses intuitions, plus ouvert et plus centré.
Et l’UDC deviendrait un parti modèle. Avec de tels hommes, elle réussirait même à pleinement honorer ses trois noms au lieu de les usurper: union, démocratie, et centre.
Ça fait rêver? Bon été! Et bon courage déjà, à tous, pour la rentrée et les élections fédérales…